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Cautionnement Loi Breyne : 5 % bloqués chez le notaire, mode d'emploi

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Par Edouard Hennin, Expert en réception provisoire
Publié le 26 mai 2026 Mis à jour le 26 mai 2026 9 min de lecture

Le cautionnement est sans doute le mécanisme financier le plus connu — et le plus mal compris — de la Loi Breyne. Beaucoup d’acheteurs le confondent avec la garantie d’achèvement (article 12), avec une simple retenue de fin de chantier, voire avec la garantie décennale post-réception. Les trois sont distincts, et le cautionnement protège un risque très spécifique.

Concrètement : il s’agit d’une somme bloquée pendant un an, qui sert à indemniser l’acheteur si l’entrepreneur ne lève pas les réserves émises lors de la réception provisoire. Sans elle, vous seriez obligé de payer un autre artisan de votre poche pour faire les corrections, puis attaquer en justice pour récupérer.

Voici comment ça marche en pratique, combien ça représente, qui débloque les fonds, et surtout — que faire si votre promoteur omet de vous fournir le certificat.

1. Qu’est-ce que le cautionnement Loi Breyne ?

Le cautionnement Loi Breyne est une garantie financière obligatoire imposée à tout entrepreneur ou promoteur qui construit ou vend un logement neuf en Belgique sous le régime de la loi du 9 juillet 1971 publiée au Moniteur belge (JustEL). Sa base légale est l’article 12 de la loi.

Sa vocation : créer un filet de sécurité financier pendant la période séparant la réception provisoire (fin matérielle des travaux) de la réception définitive (un an plus tard, conformément à l’article 9). Pendant cette année, si l’entrepreneur tarde à lever les réserves notées au PV, l’acheteur peut puiser dans le cautionnement pour faire intervenir un tiers à ses frais.

« Le constructeur ne peut exiger paiement, en tout ou en partie, du prix du logement avant l’achèvement, qu’à condition d’avoir préalablement remis à l’acquéreur le cautionnement prévu à l’article 12. »

Article 12, Loi du 9 juillet 1971

C’est important de bien distinguer le cautionnement de l’autre garantie prévue par la même Loi Breyne : la garantie d’achèvement. Cette dernière couvre le risque que l’entrepreneur dépose le bilan EN COURS de chantier (avant la livraison). Le cautionnement, lui, intervient APRÈS la livraison, pendant la première année. Voir notre cluster garantie d’achèvement pour la distinction complète.

L’obligation de cautionnement s’impose à tout constructeur ou vendeur-promoteur qui conclut un contrat régi par la Loi Breyne — que ce soit un entrepreneur de construction clé-sur-porte, un promoteur qui vend sur plan, ou un vendeur d’un bien dont les travaux ne sont pas encore achevés. Elle vise donc autant les grandes sociétés de promotion immobilière que les petits entrepreneurs indépendants. En revanche, la loi ne s’applique pas aux travaux de pure rénovation sur un bien existant (sauf si le coût de la rénovation dépasse le prix du terrain et que le bien est considéré comme neuf au regard de la TVA). Si vous faites appel à un entrepreneur uniquement pour des transformations, la Loi Breyne — et donc le cautionnement — ne joue pas.

2. Combien : 5 % du prix HTVA — exemple chiffré

Le montant légal du cautionnement est de 5 % du prix de vente hors TVA. Pas 5 % du prix TTC, pas 5 % du coût des travaux estimés — bien 5 % du prix de vente convenu au contrat, calculé sans la TVA.

EXEMPLE

Vous achetez une maison clé-sur-porte à 480 000 € HTVA, soit 508 800 € TTC (TVA 6 % sur la part construction). Le cautionnement représente 24 000 € (5 % de 480 000 €). Ces 24 000 € sont bloqués chez le notaire au moment de l’acte authentique et resteront indisponibles jusqu’à la réception définitive.

Pour illustrer avec un second cas : un appartement acheté à 250 000 € HTVA génère un cautionnement de 12 500 € (5 % de 250 000 €). Si l’acquéreur bénéficie du taux de TVA réduit à 6 % (logement modeste, première résidence principale sous conditions), le prix TTC sera de 265 000 € — mais la base du cautionnement reste 250 000 € HTVA. Pour un même bien soumis au taux standard de 21 % (revente, investissement locatif, etc.), le prix TTC grimpe à 302 500 € mais le cautionnement ne change pas : toujours 12 500 €. La TVA applicable n’influe donc pas sur le montant du cautionnement, contrairement à une idée reçue.

Pour la grande majorité des achats neufs en Belgique, c’est ce calcul “5 % HTVA” qui s’applique. Pour les cas particuliers (vente partielle, achat avec terrain, lotissements complexes), voir notre cluster détaillé Calcul du cautionnement avec plusieurs scénarios.

Notez aussi que la base de calcul doit figurer explicitement sur le certificat de cautionnement. Si elle est ambiguë (ex : “5 % du prix” sans préciser HTVA ou TTC), exigez une clarification écrite avant la signature de l’acte. Sans cela, vous risquez un litige à la libération du cautionnement.

3. Comment : les 3 formes de cautionnement acceptées

La loi accepte trois formes de cautionnement, toutes valables juridiquement. Le promoteur choisit, mais l’acheteur peut négocier au contrat.

FormeMécanismeCoût pour le promoteurSécurité pour l’acheteur
Caution bancaire solidaireUne banque s’engage à indemniser l’acheteur si l’entrepreneur fait défautFaible (commission annuelle ~0,5-1 %)Très haute (recours direct sur la banque)
Dépôt à la Caisse des Dépôts et ConsignationsL’entrepreneur dépose effectivement les 5 % sur un compte dédiéÉlevé (capital immobilisé)Très haute (fonds réels disponibles)
Blocage chez le notaireLe notaire retient 5 % du prix versé et bloque sur un compte tiersÉlevé (capital immobilisé)Très haute (fonds réels, notaire neutre)
schéma · les 3 formes de cautionnement Loi Breyne comparées

En pratique : la caution bancaire est de loin la plus utilisée (90 % des cas) parce qu’elle coûte beaucoup moins cher au promoteur. Le blocage chez le notaire reste l’option la plus rassurante pour l’acheteur — un mécanisme dont la Fédération royale du notariat belge (Notaire.be) rappelle qu’il neutralise tout risque d’intermédiation car il n’y a aucune intermédiation : si vous activez le cautionnement, le notaire libère les fonds directement vers l’artisan que vous avez mandaté.

Si vous avez le moindre doute sur la solvabilité de votre promoteur, exigez un blocage notaire au contrat. C’est un point négociable même si c’est rarement spontané.

Quelle que soit la forme choisie, vérifiez attentivement le certificat de cautionnement avant de signer. Quatre éléments sont indispensables : (1) le nom et les coordonnées de l’organisme émetteur (banque, Caisse des Dépôts, ou notaire instrumentant), de façon à pouvoir le contacter directement en cas de besoin ; (2) la base de calcul explicite — le certificat doit indiquer “5 % de [montant] HTVA” et non une formule vague ; (3) les dates de validité, notamment la date d’effet et la date d’échéance (qui doit être postérieure à la date prévisible de réception définitive) ; (4) la signature habilitée de l’émetteur — un document non signé ou portant un simple cachet sans signature n’a aucune valeur exécutoire. Si l’un de ces éléments est absent ou flou, renvoyez le certificat pour correction avant toute signature d’acte.

4. Quand : libération en 2 temps

Le cautionnement est libéré progressivement, en deux étapes.

Première libération : 50 % à la réception provisoire (si elle est prononcée sans réserve, ou si toutes les réserves émises ont été levées sur place). Cette première moitié peut être débloquée par le notaire à la demande conjointe des deux parties.

Seconde libération : les 50 % restants à la réception définitive, soit environ un an après la provisoire. Cette libération clôt formellement le mécanisme.

Cas de saisie par l’acheteur : si pendant l’année de garantie l’entrepreneur ne lève pas les réserves dans le délai imparti par le PV (typiquement 60-90 jours selon les défauts), l’acheteur peut saisir tout ou partie du cautionnement pour faire exécuter les travaux par un tiers.

La procédure : mise en demeure recommandée à l’entrepreneur, puis demande écrite au notaire ou à la banque caution, accompagnée de devis du tiers prestataire. Si l’entrepreneur conteste, le tribunal de l’entreprise tranche. Voir la procédure complète de libération avec modèles de courriers.

En cas de désaccord entre l’acheteur et l’entrepreneur sur la libération (l’entrepreneur estime que les réserves sont levées, l’acheteur conteste), deux voies s’offrent aux parties. La première, et souvent la plus rapide, est le recours au conciliateur de justice : ce magistrat désigné par le tribunal de première instance intervient gratuitement et peut convoquer les deux parties dans les semaines qui suivent la demande. La seconde est l’action judiciaire au fond devant le tribunal de l’entreprise, plus lourde mais contraignante si le conciliateur échoue. Dans les deux cas, un rapport d’expert contradictoire (établi par un expert assermenté mandaté d’un commun accord ou désigné par le juge) constitue la pièce centrale du litige : sans lui, il est difficile de prouver que les réserves n’ont pas été correctement levées.

5. Que faire si le certificat de cautionnement manque ?

C’est le scénario le plus critique — et malheureusement le plus fréquent.

L’article 12 est très clair : le certificat de cautionnement doit être remis à l’acheteur AVANT la signature de l’acte authentique. Sans ce document, le contrat est nul de plein droit. La nullité peut être invoquée par l’acheteur même des années plus tard, tant que la réception définitive n’a pas eu lieu (Cass., Mons 22 mars 2019).

Drapeaux rouges à repérer :

  • Le promoteur dit qu’il “va s’en occuper après la signature” → REFUSEZ
  • Le promoteur fournit un “engagement” mais pas un certificat tamponné → REFUSEZ
  • Le certificat ne mentionne pas la base de calcul (HTVA ou TTC) → exigez un avenant
  • Le certificat mentionne une caution bancaire mais ne nomme pas la banque → REFUSEZ
Modèle gratuit
Check-list cautionnement Loi Breyne (PDF)
Les 8 points à vérifier sur votre certificat de cautionnement avant de signer l'acte authentique.
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Démarche pratique si le certificat manque :

  1. Mise en demeure par courrier recommandé avec accusé de réception. Modèle dans notre cluster Mise en demeure entrepreneur.
  2. Sursis à la signature : refusez explicitement de signer l’acte tant que le certificat n’est pas remis. Pas de signature = pas de paiement.
  3. Recours judiciaire si le promoteur persiste : référé devant le tribunal de l’entreprise pour faire constater la nullité éventuelle, et obtenir restitution des acomptes versés. Voir Recours contre le promoteur pour la procédure détaillée et nos exemples de cas.

Un point souvent ignoré concerne le délai pour invoquer la nullité. En droit belge, la nullité pour violation de la Loi Breyne est en principe imprescriptible tant que le contrat n’a pas été exécuté dans ses éléments essentiels. Toutefois, en pratique, les tribunaux tendent à retenir le délai général de prescription de 10 ans à compter de la signature de l’acte authentique vicié (article 2262bis du Code civil). Si vous avez signé sans certificat il y a plus de dix ans et que la réception définitive est prononcée, vos recours sont considérablement réduits. L’enseignement : plus vous attendez pour faire constater l’irrégularité, moins votre position est forte. Agissez dès la découverte.

Le cautionnement est une protection puissante MAIS elle ne sert à rien si vous ne l’exigez pas avant signature. C’est typiquement le moment où un accompagnement expert fait la différence : on relit votre contrat, on vérifie le certificat, on signale les anomalies. Bien moins coûteux que de découvrir trois ans plus tard que votre cautionnement était mal calibré.

Questions courantes sur le cautionnement

Quand le cautionnement est-il libéré ?
Classiquement en deux temps : 50 % à la réception provisoire si aucune réserve n'a été émise (ou les réserves ont été levées), et les 50 % restants à la réception définitive, un an plus tard. En pratique, beaucoup de notaires bloquent l'intégralité jusqu'à la définitive — c'est négociable au contrat.
Que faire si le promoteur refuse de fournir le certificat ?
Refusez catégoriquement de signer. Sans certificat de cautionnement remis avant l'acte authentique, le contrat est nul de plein droit (article 12 de la Loi Breyne). Cette nullité peut être invoquée par l'acheteur même des années plus tard. Notre service d'accompagnement peut intervenir.
Le cautionnement est-il calculé sur le prix HTVA ou TTC ?
Sur le prix HTVA dans la quasi-totalité des cas. La base de calcul doit figurer explicitement sur le certificat. Si elle est ambiguë, exigez une clarification écrite avant signature.
portrait Edouard Hennin
À propos de l'auteur
Edouard Hennin, Expert en réception provisoire

Edouard Hennin accompagne depuis 8 ans acquéreurs et locataires en Belgique pour sécuriser leurs réceptions de construction neuve et leurs états des lieux. Fondateur de Mon Etat Des Lieux SRL, méthode contradictoire et rapport opposable.

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