Blog · Pratique · 6 mai 2026

Sous-traitance dans la construction : votre recours

Sur 100 chantiers clé sur porte, 92 font appel à des sous-traitants. Quand l'un fait défaut, le recours n'est jamais direct.

Deux sous-traitants sur un même chantier · Liège · octobre 2025 · photo Edouard Hennin
Edouard Hennin
Expert en réception provisoire
3 min de lecture
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Le couvreur défaillant que vous découvrez trois ans après la réception sur une infiltration toiture : c’était qui exactement ? Le contrat dit « entreprise X », la facture sous-traitant dit « entreprise Y », et Y est en faillite. À qui se retourner ? La question de la sous-traitance dans la construction est l’une des plus mal comprises par les propriétaires belges. Sur 100 chantiers clé sur porte que j’ai expertisés, 92 font appel à des sous-traitants — couvreur, électricien, plombier, plâtrier, carreleur, jardinier. Quand l’un fait défaut, le recours n’est jamais direct, et c’est souvent à ce moment-là que les propriétaires découvrent les subtilités du droit de la sous-traitance.

Le principe : action contre l’entrepreneur principal

En droit belge, le maître d’ouvrage n’a pas de lien contractuel direct avec le sous-traitant. Vous payez l’entrepreneur principal, c’est lui qui paie ses sous-traitants, et c’est lui qui reste responsable de l’ensemble de l’ouvrage — y compris des défauts d’exécution d’un sous-traitant qu’il a choisi sans vous consulter (article 1797 du Code civil).

Cette règle est protectrice à deux titres :

  1. Vous n’avez qu’un seul interlocuteur juridique à mettre en cause
  2. La solidarité contractuelle de l’entrepreneur principal couvre la défaillance du sous-traitant
  3. La garantie décennale joue contre l’entrepreneur principal, pas contre le sous-traitant

En contrepartie, vous n’avez pas le choix du sous-traitant (sauf clause contraire dans votre contrat) et vous ne pouvez pas refuser l’intervention d’un sous-traitant agréé par l’entrepreneur principal.

L’exception : l’action directe (article 1798 CC)

Si l’entrepreneur principal vous doit de l’argent et qu’il doit lui-même de l’argent à son sous-traitant, le sous-traitant peut exercer une action directe contre vous, dans la limite de ce que vous devez à l’entrepreneur. Cette action est codifiée à l’article 1798 du Code civil belge et constitue une exception majeure au principe de l’effet relatif des contrats.

Attention : cette action ne joue qu’en faveur du sous-traitant — pas en votre faveur contre lui. Vous ne pouvez pas, en cas de défaut, vous retourner directement contre le sous-traitant pour exiger une reprise. Vous devez systématiquement passer par l’entrepreneur principal.

La garantie décennale : votre vrai recours long terme

Pour les défauts structurels (gros œuvre, étanchéité, stabilité, fondations), la garantie décennale des articles 1792 et 2270 du Code civil court 10 ans à compter de la réception provisoire. Elle joue contre l’entrepreneur principal et son architecte — pas contre le sous-traitant. C’est juridiquement plus simple, mais cela suppose que l’entrepreneur soit encore solvable dix ans plus tard.

Statistiquement, le taux de défaillance d’une PME du bâtiment belge sur 10 ans avoisine les 22 % selon les données BCE. D’où l’importance de l’assurance décennale obligatoire depuis la loi du 31 mai 2017, qui prend le relais en cas de faillite de l’entreprise. Vérifiez systématiquement au moment de la réception provisoire la validité de l’attestation décennale et l’identité de l’assureur — voir l’article garantie décennale vendre.

Pièges à éviter

  • Ne pas réclamer la liste nominative des sous-traitants en cours de chantier
  • Méfiez-vous des entrepreneurs qui changent de sous-traitant sans vous prévenir
  • Conservez les factures justifiant les paiements à l’entrepreneur principal (protection contre l’action directe)
  • En cas de défaut, toujours se retourner contre l’entrepreneur principal, jamais directement contre le sous-traitant
  • Vérifier la validité de l’assurance décennale au moment du PV

Pour le cadre juridique complet de la responsabilité décennale en construction, voir justice.belgium.be — biens immobiliers.

Que faire ensuite ?

Si vous suspectez un défaut imputable à un sous-traitant ou si vous recevez une action directe surprise, faites valider votre dossier par un expert tiers avant toute réaction. Mon cabinet propose une expertise malfaçons couvrant les défauts d’exécution, ou un audit construction pour les dossiers en cours.

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